Recruter dans le second œuvre en 2026 : ce que les chiffres disent du marché

66 % de recrutements difficiles dans le second œuvre, un taux qui n’a pas bougé quand tous les autres lots du BTP se détendaient. Les volumes par métier, l’apprentissage corps d’état par corps d’état, et ce qui reste de l’aide à l’embauche.

Article de fond Publié le 6 août 2026 12 min de lecture

L’enquête Besoins en main-d’œuvre publiée le 21 avril 2026 attribue aux ouvriers du second œuvre 66 % de projets de recrutement jugés difficiles. Le niveau est élevé, et ce n’est pourtant pas lui qui mérite l’attention : c’est le fait qu’il n’ait pas bougé. Toutes les autres familles de métiers du BTP ont vu leur taux varier d’une année sur l’autre. Celle du second œuvre est la seule dont l’évolution est nulle.

Le second œuvre est le seul lot du bâtiment qui ne se détend pas

France Travail a recensé 143 000 projets de recrutement dans le BTP pour 2026, sur 2,275 millions tous secteurs confondus. La moyenne nationale de difficulté recule de 6,3 points, à 43,8 % : le marché du travail se détend presque partout. Le BTP reste 21 points au-dessus de cette moyenne, et l’écart se creuse différemment selon le lot.

Famille de métiers du BTPProjets jugés difficilesÉvolution 2025-2026
Ouvriers du gros œuvre du bâtiment73 %−2,5 pts
Techniciens, agents de maîtrise et assimilés du BTP71 %−0,6 pt
Cadres du BTP69 %+7,1 pts
Ouvriers du second œuvre du bâtiment66 %nulle
Conducteurs d’engins du BTP61 %−2,7 pts
Ouvriers des travaux publics, du béton et de l’extraction56 %−3,0 pts

Cette famille a une frontière. La nomenclature des familles professionnelles range les couvreurs et les charpentiers avec le gros œuvre, pas avec les métiers de finition. Les 66 % couvrent l’électricien, le plombier-chauffagiste, le menuisier-agenceur, le peintre, le plâtrier, le poseur de revêtements. Le couvreur, classé tantôt d’un côté tantôt de l’autre, pèse dans les 73 % de la ligne du dessus.

La part d’établissements qui déclarent envisager au moins une embauche descend à 22 %, soit deux points de moins qu’en 2025. Ceux qui recrutent encore sont donc moins nombreux, et ils butent exactement sur les mêmes murs que l’an dernier. L’enquête est détaillée dans la publication de France Travail du 21 avril 2026, et reprise secteur par secteur par l’Observatoire des métiers du BTP.

Les volumes tombent, et pas au même rythme d’un métier à l’autre

C’est le deuxième enseignement, et il contredit l’idée d’un secteur uniformément en manque de bras. Les intentions d’embauche reculent dans toute la construction, mais pas au même rythme d’un métier à l’autre : de 27 % chez le plombier-chauffagiste, de 24 % chez le menuisier-agenceur.

Métier du second œuvreProjets de recrutement 2026
Ouvriers en électricité du bâtiment9 640
Plombiers chauffagistes9 540
Ouvriers qualifiés en menuiserie et en agencement du BTP8 220
Ouvriers en pose et décoration de revêtements6 760
Ouvriers en peinture en bâtiment6 080
Ouvriers en travaux de façade, d’étanchéité et d’isolation4 700

Le plombier-chauffagiste passe de 13 040 projets à 9 540, le menuisier-agenceur de 10 840 à 8 220. Ces deux-là sont les plus fortes chutes de volume de tout le BTP après les cadres d’études. Une entreprise de sept salariés qui cherche un chauffagiste affronte donc moins de concurrents qu’en 2025 sur le même vivier. La difficulté déclarée n’en bouge pas. Le frein n’est pas le nombre d’entreprises qui recrutent.

La géographie déplace encore les curseurs. Les Pays de la Loire jugent 75,8 % de leurs projets difficiles, la Bretagne 75,1 %, l’Auvergne-Rhône-Alpes 73,9 %. Provence-Alpes-Côte d’Azur est à 46,6 %, soit un écart de vingt-neuf points entre les deux extrémités du pays.

Le salaire n’est pas ce qui bloque, et la statistique le dit

La DARES publie chaque année un indicateur de tension qui décompose les causes au lieu de les additionner. Sept métiers du BTP figurent dans les trente les plus tendus de 2024. Trois touchent le second œuvre au sens large. Couvreurs (indicateur 1,5, quinzième rang, 45 600 emplois), charpentiers métal et bois (1,3, 49 800 emplois), ouvriers qualifiés en menuiserie et agencement (1,1, 101 900 emplois).

L’intérêt de cette publication tient à la notation des facteurs explicatifs, sur une échelle de 1 à 5.

La « non-attractivité salariale » est cotée 1 sur 5 chez les couvreurs comme chez les charpentiers. Autrement dit, la rémunération n’explique pas leur tension : sur ce seul critère, ces métiers sont plutôt bien placés. Ce qui est coté 4 ou 5, c’est l’intensité d’embauche, le manque de main-d’œuvre disponible, la non-durabilité de l’emploi et les conditions de travail. Chez le menuisier-agenceur, le facteur maximal est le lien entre la formation et l’emploi, noté 5.

Le détail vaut d’être lu métier par métier, parce qu’il ne pointe pas au même endroit. Pour le couvreur, le manque de main-d’œuvre disponible est à 4 et les conditions de travail à 4. Le vivier est vide, le poste est dur. Pour le menuisier, le vivier disponible n’est qu’à 3, mais la formation ne mène pas à l’emploi, et l’attractivité salariale se dégrade jusqu’à 3. Deux tensions du même ordre, deux causes différentes, et deux leviers qui n’ont rien à voir. La publication complète, DARES Résultats n° 5 de février 2026, donne la notation des trente métiers.

Il y a plus de jeunes qui cherchent un contrat que d’entreprises qui en offrent

Le CCCA-BTP a interrogé les CFA du BTP entre le 28 novembre et le 11 décembre 2025 : 214 établissements ont répondu, qui concentrent 77 % de l’effectif d’apprentis du secteur. Au 1er décembre 2025, à périmètre constant, les CFA comptaient 80 892 apprentis, soit 5,4 % de moins qu’un an plus tôt. Le recrutement en CAP recule de 8,8 %, à 19 026 inscrits. Certaines régions perdent jusqu’à 25,3 % sur ce seul niveau.

Le rapprochement qui compte tient en deux nombres relevés à la même date : 5 800 demandes de contrat d’apprentissage pour 4 000 offres d’entreprises. Et 810 ruptures de contrat sur le mois écoulé. La file d’attente n’est pas du côté qu’on croit, et le comparatif avec les travaux publics achève de situer le problème : les TP, sur la même enquête, ne perdent que 0,4 % de leur effectif d’apprentis. Le décrochage vient du bâtiment. Le détail de cette bascule figure dans la note du CCCA-BTP de décembre 2025.

Par corps d’état, la pompe à chaleur tire l’apprentissage et la métallerie décroche

Les contrats en cours au 31 décembre 2023, relevés par l’Observatoire des métiers du BTP à partir des données Constructys, montrent des trajectoires opposées d’un métier à l’autre.

Corps d’étatContrats d’apprentissageÉvolution 2021-2023
Plomberie et chauffage18 728+7 %
Bois-bâtiment14 082−2 %
Électricité13 561+2 %
Finitions (peinture, plâtrerie, isolation)11 045−4 %
Couverture et étanchéité5 202+3 %
Métallerie3 229−7 %

À l’intérieur de la plomberie-chauffage, la ligne qui progresse n’est pas celle qu’on attendrait : l’installation d’eau et de gaz gagne 1 %, quand les équipements thermiques et la climatisation gagnent 9 %, à 9 381 contrats. La pompe à chaleur a déplacé l’apprentissage vers le chauffage. Dans les finitions, la plâtrerie progresse de 3 % et l’isolation de 3 %, pendant que la peinture-vitrerie perd 3 % sur 6 491 contrats.

Ces contrats se signent dans de très petites structures : six apprentis sur dix en électricité, deux sur trois dans les finitions travaillent dans une entreprise de moins de dix salariés. Le taux de sortie est correct, avec 66 % des apprentis de la construction en emploi six mois après leur formation. Un rappel de méthode, tout de même : ces données arrêtent au 31 décembre 2023, année haute. La chute mesurée par le CCCA-BTP s’est produite deux ans plus tard.

L’aide à l’embauche d’un apprenti ne se touche plus qu’une fois

Le régime a été resserré au 1er janvier 2026, et le resserrement vise précisément la population du second œuvre.

5 000 € par contrat, pour les entreprises de moins de 250 salariés, au titre de la seule première année, et à condition de ne pas avoir déjà bénéficié de l’aide. Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026, dans la suite du décret n° 2025-174 du 22 février 2025.

L’apprenti doit préparer une certification de niveau 3 ou 4, c’est-à-dire un CAP ou un baccalauréat professionnel. L’essentiel des formations du second œuvre y entre. Le contrat doit parvenir à l’OPCO dans les six mois suivant sa conclusion. L’Agence de services et de paiement verse ensuite l’aide mensuellement, sans démarche, sur la seule déclaration d’embauche.

Pour un artisan qui forme un apprenti tous les deux ans, le calcul change de nature. Le premier contrat ouvre droit à 5 000 €. Le suivant, rien. Les conditions exactes du dispositif figurent dans le texte publié au Journal officiel. Le coût salarial, lui, dépend de l’âge et de l’année de contrat : de 27 % du SMIC pour un apprenti de 16 ans en première année à 78 % pour un apprenti de 21 à 25 ans en troisième année. Une particularité du bâtiment échappe souvent au calcul. Le pourcentage s’applique au minimum conventionnel dès lors qu’il est plus favorable, et ce minimum est régional.

Constructys finance les salariés, le FAFCEA finance le patron

La séparation est nette. Elle décide de qui paie quoi. Constructys, l’OPCO de la construction, prend en charge la formation des salariés. Il est alimenté par une contribution conventionnelle assise sur la masse salariale : 0,35 % HT pour les entreprises de moins de onze salariés, 0,20 % HT de onze à 299 salariés. Recouvrement mensuel, par la déclaration sociale nominative. Les artisans non-salariés, eux, relèvent du FAFCEA, un fonds distinct.

La participation financière 2026 de Constructys complète la prise en charge du coût pédagogique par une participation aux dépenses salariales. Elle atteint 15 € HT par heure et par stagiaire pour les entreprises de moins de onze salariés. Au-dessus de ce seuil et jusqu’à cinquante salariés, le même montant n’est servi que pour les actions liées à la création, la gestion ou la transmission d’entreprise et pour la formation en situation de travail. Les actions qualifiantes tombent à 10 € HT de l’heure. Le barème complet dépend donc autant de la nature de l’action que de l’effectif.

Ce que l’OPCO finance réellement est loin du perfectionnement technique. La santé et la sécurité réglementaires représentent 67 % des stagiaires en électricité et 68 % en couverture. Sous ces totaux, le risque électrique pèse 39 % des heures en électricité, le travail en hauteur 32 % en couverture. Et 97 % des formations du bâtiment se déroulent intégralement en présentiel.

Le marché qui absorbe ces embauches recule, corps d’état par corps d’état

Les 143 000 projets se posent sur un secteur qui perd des postes. L’emploi salarié du BTP s’établissait à 1 535 200 au quatrième trimestre 2025, en repli de 1,2 % sur un an, contre 0,2 % dans l’ensemble des secteurs marchands. Chez les entreprises de moins de vingt salariés, la baisse atteint 2,2 %, soit 18 185 emplois détruits, dont environ 12 200 dans les entreprises du bâtiment jusqu’à dix salariés.

L’activité, mesurée par l’enquête de conjoncture de la CAPEB pour le premier trimestre 2026, recule de 1,5 % sur un an chez les entreprises artisanales. Et le classement par métier ne se superpose pas à celui du recrutement. L’électricité affiche la plus forte contraction du trimestre, à −2,5 %, en dégradation par rapport au trimestre précédent. C’est pourtant le métier du second œuvre qui déclare le plus de projets d’embauche. La couverture-plomberie-chauffage fait l’inverse : son activité remonte à −0,5 % après −2,5 %, pendant que ses intentions de recrutement s’effondrent de 27 %.

Reste un dernier chiffre, et c’est peut-être celui qui explique le mieux pourquoi la difficulté de recrutement du second œuvre ne bouge pas. Les carnets de commandes portent 80 jours de travail à venir. Dix de plus qu’un an auparavant. Le solde d’opinion sur la trésorerie reste pourtant à −18 points, et un quart des entreprises déclarent des besoins de financement, contre 17 % le trimestre précédent. Un carnet qui s’allonge dans une trésorerie qui se tend décrit une entreprise qui n’arrive pas à produire, pas une entreprise qui manque de commandes. C’est la définition même d’un recrutement empêché.

Sources
  • France Travail, enquête Besoins en main-d’œuvre 2026, publiée le 21 avril 2026 ; 416 000 réponses collectées en octobre 2025, nomenclature FAP2021
  • Observatoire des métiers du BTP, « Les projets de recrutement dans la Construction en 2026 », 16 juin 2026 (données France Travail BMO)
  • DARES, « Les tensions sur le marché du travail en 2024 », DARES Résultats n° 5, février 2026
  • CCCA-BTP, « Effectifs en formation aux métiers du BTP au 1er décembre 2025 », note du 16 décembre 2025 ; enquête menée du 28 novembre au 11 décembre 2025 auprès de 214 CFA
  • Observatoire des métiers du BTP, fiches emploi-formation, mars 2025 (données Constructys, contrats en cours au 31 décembre 2023)
  • Décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 relatif à l’aide exceptionnelle aux employeurs d’apprentis et décret n° 2025-174 du 22 février 2025 — Legifrance
  • Constructys, « Modalités de participation financière 2026 » ; accord Bâtiment du 10 février 2015 relatif au financement de la formation continue
  • PRO BTP, « Chiffres, taux et assiettes 2026 », rémunération minimale de l’apprenti
  • CAPEB, note de conjoncture du 1er trimestre 2026, avril 2026