Le plus ancien texte de couverture encore applicable a été publié en décembre 1984 : le DTU 40.25, tuiles plates en béton. Le plus récent, le NF DTU 40.241 sur les tuiles planes en béton, date de novembre 2023. Presque quarante ans séparent les deux extrémités d’une même série, et un couvreur qui pose de l’ardoise le lundi et du bac acier le jeudi travaille dans la semaine sous deux textes dont l’un a été refondu il y a six ans, l’autre jamais.
Dix-neuf textes, et dix qui n’ont jamais été refondus
La liste DTU de février 2026 du CSTB, arrêtée aux textes publiés au 2 février 2026, porte dix-neuf documents sous l’indice 40.
| Référence | Intitulé | Version en vigueur |
|---|---|---|
| NF DTU 40.11 | Couverture en ardoises naturelles | Décembre 2020 |
| NF DTU 40.13 | Couverture en ardoises en fibres-ciment | Décembre 2009 (P1-2 amendée mai 2011) |
| DTU 40.14 | Couverture en bardeaux bitumés | Mai 1993, A1 janvier 2001 |
| NF DTU 40.21 | Tuiles de terre cuite à emboîtement ou à glissement à relief | Octobre 2013 |
| NF DTU 40.211 | Tuiles de terre cuite à emboîtement à pureau plat | Avril 2015 |
| DTU 40.22 | Tuiles canal de terre cuite | Mai 1993, A1 à A4 (1996, 1999, 2001, octobre 2010) |
| DTU 40.23 | Tuiles plates de terre cuite | Septembre 1996, A1 2001, A2 2007 |
| NF DTU 40.24 | Tuiles en béton à glissement et à emboîtement longitudinal | Mars 2023 |
| NF DTU 40.241 | Tuiles planes en béton à glissement et à emboîtement longitudinal | Novembre 2023 |
| DTU 40.25 | Tuiles plates en béton | Décembre 1984, errata et modificatifs |
| NF DTU 40.29 | Mise en œuvre des écrans souples de sous-toiture | Novembre 2015 |
| DTU 40.35 | Plaques nervurées issues de tôles d’acier revêtues | Mai 1997, A1 juin 2006 |
| DTU 40.36 | Plaques en aluminium prélaqué ou non | Mai 1993 |
| NF DTU 40.37 | Plaques ondulées en fibres-ciment | Septembre 2011 |
| DTU 40.41 | Éléments métalliques en feuilles et longues feuilles en zinc | Septembre 2004 (2e tirage décembre 2004) |
| NF DTU 40.44 | Idem en acier inoxydable | Juillet 2007 |
| DTU 40.45 | Idem en cuivre | Mai 1993, A1 septembre 2001 |
| DTU 40.46 | Travaux de couverture en plomb sur support continu | Septembre 1994, A1 mai 1999 |
| DTU 40.5 | Travaux d’évacuation des eaux pluviales | Novembre 1993, A1 décembre 1997 |
Le préfixe se lit. Un document intitulé « NF DTU » a été refondu et homologué par l’AFNOR sous sa forme actuelle ; un document intitulé « DTU » tout court est un texte ancien, jamais repris, qui reste en vigueur sous son indice de classement NF P. Dix des dix-neuf textes de la série sont dans ce second cas. Neuf portent une date de publication antérieure à 2000, et le DTU 40.36, plaques en aluminium, n’a reçu depuis mai 1993 ni révision ni amendement.
Le DTU 40.5 sort du lot pour une autre raison : il est publié sous le statut de norme expérimentale, référence XP P36-201. Ce que le couvreur en tire pour dimensionner ses descentes se joue en partie ailleurs que dans ce texte.
Le NF DTU n’oblige personne, jusqu’au jour où il est visé au marché
Un NF DTU est une norme d’application volontaire. Il n’a aucun caractère réglementaire et ne s’impose pas de plein droit sur un chantier privé. Il devient contractuel dès qu’il est cité dans le devis, le marché ou le CCTP, et la formule la plus économique pour les rendre tous contractuels d’un coup consiste à viser la norme NF P03-001, cahier des clauses administratives générales des marchés privés de travaux de bâtiment, elle-même en révision avec une publication prévisionnelle au 31 mars 2026 selon le programme du BNTEC.
Le caractère volontaire de la norme ne protège de rien. Après sinistre, l’expert cherche le respect des règles de l’art, et le NF DTU est le référentiel auquel assureurs et experts se rapportent. Une technique que la série 40 ne vise pas relève des Avis Techniques, des Règles professionnelles ou des Cahiers des Prescriptions Techniques du CSTB, avec un basculement possible en technique non courante que l’assureur doit connaître avant le chantier.
Trois nomenclatures, trois places pour le même métier
Le couvreur n’est pas rangé au même endroit selon l’organisme qui compte.
QUALIBAT le classe en famille 3, « Enveloppe extérieure », activité 31 Couverture, aux côtés de l’étanchéité (32 et 33), des menuiseries extérieures (35) et des parois en bardage (38). Ni la famille 2 « Structure et gros œuvre », ni la famille 6 « Finitions ». La nomenclature étant construite « dans l’ordre de construction d’un ouvrage », la place du couvreur y dit exactement ce qu’il fait : le clos et le couvert, avant les finitions et après la structure.
La CNAM tranche dans l’autre sens. Le livret statistique de la sinistralité AT/MP du CTN B découpe la division 43 en quatre regroupements, et le couvreur tombe dans le regroupement 439 « Autres travaux de construction spécialisés », dont le libellé cite explicitement « la maçonnerie générale et le gros œuvre, la charpente, la couverture ». Un couvreur salarié apparaît donc, dans la statistique accidents du travail, agrégé avec les maçons.
L’INSEE ajoute une quatrième réponse, et c’est la plus récente. La NAF 2025, qui devient la nomenclature de référence pour l’attribution des codes APE au 1er janvier 2027, crée un groupe 43.4 dédié au bâtiment et y loge un ensemble 43.41 « Travaux de couverture » : charpente en 43.41G, couverture par éléments en 43.41H, étanchéification pour la toiture en 43.41J. Le toit devient une catégorie statistique à lui seul, extrait du fourre-tout 43.9 où il voisinait avec la maçonnerie, et rangé ni au gros œuvre ni à la finition.
Pour le zingueur, aucune de ces nomenclatures ne prévoit de case propre. Il est rattaché de fait à la couverture, avec un chevauchement vers la menuiserie métallique, et QUALIBAT le traite à l’intérieur de l’activité 31. L’étancheur, lui, est presque toujours agrégé au couvreur dans les publications statistiques, ce qui rend délicate toute lecture d’un chiffre annoncé pour « la couverture » sans précision de périmètre.
Depuis 2025, la couverture est en tête des désordres en maison individuelle
L’AQC publie chaque année, à partir des expertises Dommages-Ouvrage du dispositif Sycodés, un classement des éléments d’ouvrage par part des désordres constatés. Dans l’édition 2025 du Flop 10 maisons individuelles, portant sur la période 2022-2024, la couverture en petits éléments passe première avec 9,7 % de l’effectif des désordres, devant le revêtement de sol intérieur. L’édition suivante, période 2023-2025, la maintient en tête à 9,6 %. Le poste était à 12,3 % sur 1995-2004 et à 9,1 % en moyenne sur 2015-2024.
La terre cuite domine le poste : 70 % des désordres relevés portent sur une couverture en tuiles de terre cuite, contre 15,1 % pour la tuile en béton et 8 % pour l’ardoise naturelle. Trois matériaux, 93,1 % de l’effectif. Les causes, elles, se comptent à l’intérieur de ce premier bloc : sur la terre cuite, 54,7 % des désordres se situent au droit des points singuliers, faîtage, rive, noue, et 12,6 % relèvent d’un défaut de tenue au vent avec envol d’éléments. Ce que recouvre exactement la catégorie « point singulier » mérite d’être regardé de près, puisque c’est là que se joue l’essentiel.
En coût des réparations, le classement change. La couverture en petits éléments descend au troisième rang avec 5,1 % du coût total, loin derrière le revêtement de sol intérieur à 14 %. Un désordre de couverture est fréquent et relativement peu cher à reprendre, à une exception près : en logement collectif, la couverture en grands éléments représente 11,8 % du coût des réparations sur 2022-2024, parce qu’un désordre ponctuel sur du zinc à joints debout oblige à déposer une grande partie de la toiture.
Une précaution de lecture s’impose sur tous ces chiffres. Le ticket modérateur de la garantie Dommages-Ouvrage s’élevait à 1 915 € TTC en 2025 : en dessous, le sinistre n’est pas déclaré et n’entre dans aucune statistique. La petite sinistralité de couverture, celle qui se règle en une demi-journée, est absente de la base.
Ce qui bouge dans la série, et à sa périphérie
Un chantier de révision touche la série 40 au programme BNTEC du 15 juillet 2025 : l’amendement A1 à la partie P1-2 du NF DTU 40.21, inscrit depuis le 16 septembre 2015, passé en enquête publique le 30 septembre 2025, pour une publication prévisionnelle au 30 septembre 2026. Il porte sur la partie critères généraux de choix des matériaux, pas sur le cahier des clauses techniques de mise en œuvre.
Deux mouvements se produisent en revanche juste à côté du lot. La révision de la partie P1-1 du NF DTU 20.12, qui traite le gros œuvre en maçonnerie des toitures destinées à recevoir un revêtement d’étanchéité, était en enquête publique le 18 décembre 2025 pour une publication prévisionnelle au 18 juin 2026 : c’est le support, donc l’interface où se logent les litiges entre le maçon et l’étancheur. Et un projet de norme NF P84-212 sur les bandes de solin en aluminium extrudé est inscrit au programme, publication prévisionnelle au 1er septembre 2027, sur un point que les experts AQC désignent comme sous-traité : dégager les entrées d’eau ne suffit pas, les bandes solins et becquets qui écartent les eaux de ruissellement en tête de relevé se vérifient aussi, sous peine de décollement.
Les experts AQC ne mettent pas les noues sur le compte des textes
Le commentaire qui accompagne le Flop 10 2025 sur la couverture est explicite : « des noues souvent non conformes au NF DTU », et un contexte cité sans détour, celui des départs en retraite de couvreurs, de la difficulté à recruter des apprentis et de sous-traitants moins compétents sur ce type d’ouvrage.
Les chiffres d’emploi vont dans le même sens. La DARES classe les couvreurs au 15e rang des trente métiers les plus tendus de 2024, avec un indicateur de tension de 1,5 pour 45 600 emplois, et note que la rémunération n’est pas le facteur explicatif : sur une échelle de 1 à 5, la non-attractivité salariale est cotée 1, quand les conditions de travail contraignantes le sont à 4 et l’intensité d’embauche à 5. Côté employeurs, l’enquête Besoins en main-d’œuvre de 2025 relevait 82,4 % de recrutements de couvreurs jugés difficiles, le taux le plus élevé des métiers du bâtiment, et le millésime 2026 dénombre encore 8 780 projets de recrutement sur le métier.
Un texte de 1993 qui n’a jamais été rouvert pose un problème de doctrine. Une noue mal faite en 2026 en pose un autre, et les deux ne se règlent pas au même endroit.
- CSTB Éditions, Liste DTU – Février 2026, textes publiés au 2 février 2026 — boutique.cstb.fr
- BNTEC, BNTEC INFOS – Programme de travail au 15 juillet 2025 — bntec.fr
- FFB, circulaire 2021/002 du 7 janvier 2021, mise à jour du DTU 40.11
- AQC, Rapport de l’Observatoire de la Qualité de la Construction, édition 2025, et Flop 10 maisons individuelles — qualiteconstruction.com
- QUALIBAT, Nomenclature 2026 – Version 1
- CAPEB, Chiffres clés 2023, p. 42
- CNAM / Direction des risques professionnels, Livret statistique de la sinistralité AT/MP 2024 du CTN B, réf. 2025-145, octobre 2025, p. 9
- INSEE, Nomenclature d’activités française – NAF 2025, structure de la division 43, mise à jour du 4 octobre 2024
- DARES, Les tensions sur le marché du travail en 2024, DARES Résultats n° 5, février 2026
- France Travail, enquêtes Besoins en main-d’œuvre 2025 et 2026