Sur une salle d’eau, la répartition du lot étanchéité se joue avant le premier sac de colle, et elle se joue sur une lettre : EA, EB, EB+ privatif, EB+ collectif ou EC. Ce classement ne sort d’aucun NF DTU. Il vient du cahier 3567 du CSTB, publié en mai 2006, qui annule et remplace le cahier 3335 d’avril 2001. C’est lui qui commande la suite : la nature du support, l’existence ou non d’une protection à l’eau, le texte qui la décrit, et l’entreprise qui la pose.
Le classement ne se lit pas sur le plan
Le cahier croise trois critères, et un seul suffit à faire basculer le local : le non-respect de l’un d’eux range la pièce dans la classe correspondant au degré d’exposition immédiatement supérieur.
Le premier critère est l’hygrométrie, exprimée par le rapport W/n entre la vapeur produite dans le local et son renouvellement d’air horaire : faible jusqu’à 2,5 g/m³, moyenne jusqu’à 5, forte jusqu’à 7,5, très forte au-delà. Le deuxième décrit ce que subissent les parois en exploitation, du rejaillissement ponctuel au ruissellement quasi continu. Le troisième porte sur le nettoyage : eau projetée ou non, pression du jet, pH des produits, température du fluide.
| Classe | Ce que subissent les parois | Exemples cités par le cahier 3567 |
|---|---|---|
| EA | Aucune paroi exposée à l’eau. Nettoyage sans eau projetée | Chambres, bureaux, couloirs de circulation |
| EB | Rejaillissement ponctuel, sans ruissellement | Cuisines privatives, WC, celliers chauffés, salles de classe |
| EB+ privatifs | Projection épisodique avec ruissellement sur au moins une paroi | Salles d’eau avec receveur ou baignoire, douches d’hôtel et d’hôpital, blocs WC et lavabos de bureaux |
| EB+ collectifs | Ruissellement discontinu, cumul inférieur à 3 h sur 24 h. Lavage au jet sous 10 bars, pH 5 à 9, 40 °C au plus | Douches individuelles d’internat ou d’usine, vestiaires collectifs, sanitaires d’ERP, laveries non commerciales |
| EC | Eau quasi continue. Jet haute pression admis, produits agressifs, 60 °C au plus | Douches collectives de stade, cuisines collectives, blanchisseries d’hôpital, centres aquatiques |
Trois cas du cahier valent mieux qu’une définition. Une salle d’eau privative équipée d’un jet hydromassant dans le receveur ou la baignoire n’est pas EB+ privatif : le cahier la range explicitement en EB+ collectifs. Un vestiaire collectif est EB+ collectif, sauf communication directe avec un local EC, c’est-à-dire sans porte ni cloison entre les deux, et il passe alors en EC. Dans l’autre sens, une cuisine collective peut être déclassée en EB+ collectifs si les documents particuliers du marché prévoient une utilisation conforme aux conditions de cette classe.
La partie P1-1-4 du NF DTU 52.2 s’arrête au mur
Publiée le 25 juin 2022, la partie P1-1-4 du NF DTU 52.2 a fait entrer dans le domaine traditionnel des systèmes de protection à l’eau sous carrelage qui relevaient jusque-là de l’Avis technique. Le carreleur qui applique un SPEC-résine sur un mur de salle de bains travaille depuis cette date sous norme, et non plus sous évaluation de procédé.
Le domaine, lui, est étroit. La partie P1-1-4 vise les SPEC constitués de résines prêtes à l’emploi ou de produits bi-composants, en murs intérieurs, en travaux neufs, dans des locaux classés EC au plus où les projections d’eau restent contenues dans la zone de l’appareil par des parois rigides, fixes ou mobiles, d’au moins 1,80 m de hauteur.
Ce qu’elle laisse dehors dessine son périmètre mieux que son intitulé : la mise en œuvre en sol, les SPEC sous forme de natte, les petites surfaces horizontales et les raccords sur receveur extra-plat, les planchers rayonnants électriques, la rénovation, et les locaux comportant un joint de dilatation.
Au sol, le référentiel change de famille
Sous les pieds, la protection à l’eau n’appartient plus à la collection carrelage. Les règles professionnelles APSEL sur les travaux d’étanchéité à l’eau par application de systèmes d’étanchéité liquide sur planchers intermédiaires et parois verticales de locaux intérieurs humides, édition n° 2 de mars 2010, décrivent le SEL. Le NF DTU 43.6 de mars 2007 traite l’étanchéité des planchers intérieurs en maçonnerie par produits hydrocarbonés. Les nattes et les systèmes d’étanchéité de plancher restent sous Avis technique.
La différence n’est pas seulement documentaire. Un SPEC est toujours recouvert par le carrelage et ne remplit sa fonction qu’ainsi. Un SEL constitue un revêtement d’étanchéité, dimensionné et raccordé comme tel aux points singuliers : jonction sol-mur, siphon, traversée de canalisation.
Le dispositif Alerte de l’AQC, édition 2025, le rappelle dans son article sur la pose collée : dès qu’un carrelage est posé sur étanchéité, on quitte les sept référentiels de pose collée au sol pour les Avis techniques, les règles APSEL de mars 2010 et les règles professionnelles CSFE de janvier 2024 sur les espaces non clos.
La douche zéro ressaut a déplacé la frontière
L’arrêté du 11 septembre 2020, qui modifie celui du 24 décembre 2015, impose un accès à la douche sans aucun ressaut : depuis le 1er janvier 2021 pour les logements en rez-de-chaussée et les maisons individuelles concernées, depuis le 1er juillet 2021 pour les logements desservis par ascenseur. Des travaux sur existant dont la valeur dépasse 80 % de celle du bâtiment relèvent du neuf à ce titre.
Le guide publié par le CSTB en août 2022 pour la DHUP en tire les conséquences : la suppression du ressaut supprime la réserve d’eau, et l’étanchéité devient nécessaire sur toute la surface de la salle d’eau, espace de douche ouvert ou cloisonné. S’y ajoutent une pente d’au moins 1 % dans la zone exposée, un revêtement de classe PN 6 au sens de la norme NF P 05-011 lorsque les projections ne sont pas contenues, et une zone exposée d’au moins 1,80 m mesurée depuis l’axe du siphon et le point de fixation du flexible.
Un espace de douche ouvert ne remplit donc pas la condition de projections contenues qui conditionne l’emploi de la partie P1-1-4, et l’étanchéité de sol qu’il exige n’y figure pas davantage. Le guide renvoie vers les Avis techniques d’étanchéité de plancher, et se présente lui-même comme une version provisoire : plusieurs configurations de raccordement y sont marquées comme non évaluées techniquement en août 2022.
La sinistralité a suivi cette bascule. Dans le tableau Sycodés de l’AQC pour le logement collectif, l’équipement sanitaire est passé de 1,6 % des désordres en 1995-2004 à 10,5 % en 2022-2024, et de 1,2 % à 7,9 % en part de coût. Les experts de l’AQC attribuent la dégradation à la généralisation de la douche sans ressaut ou à faible ressaut.
Ce que la C2P a accepté, et ce qui reste à déclarer
Les règles APSEL de mars 2010 ont été acceptées par la Commission prévention produits (C2P) de l’AQC le 1er juillet 2010. Cette acceptation les place en technique courante : l’assureur les considère comme un standard professionnel, au même titre qu’un NF DTU. Les Avis techniques, eux, ne valent en technique courante que tant qu’ils figurent sur la Liste verte de la C2P, ce qui se vérifie procédé par procédé et non une fois pour toutes.
Rien de tout cela n’interdit un procédé. La technique non courante signifie que l’assureur doit être informé avant travaux, et que la couverture décennale se négocie sur le dossier plutôt qu’elle ne s’applique d’office.
Le référentiel désigne le lot
La chaîne est courte et chaque maillon relève d’un texte différent. Le plâtrier livre un support dont la nature dépend du classement, et les ouvrages en plaques de plâtre du NF DTU 25.41 de février 2022 ne se traitent pas de la même façon en EB+ privatif et en EB+ collectif. Le carreleur applique le SPEC-résine du NF DTU 52.2 sur les murs, dans les limites de la partie P1-1-4. L’étanchéité de sol relève d’un applicateur travaillant sous Avis technique ou sous les règles APSEL, et cet applicateur n’est pas nécessairement l’un des deux précédents. Le plombier intervient au milieu, sur le receveur, le siphon et les rosaces.
C’est précisément là que l’AQC situe les désordres. Ses experts relèvent la confusion entre le joint mastic de finition et le joint d’étanchéité, doublée d’un flou sur celui qui doit le poser, le plombier ou le carreleur, avec les conditions de calage des receveurs et les 5 mm de bord libre à l’encastrement du bac parmi les causes citées en premier. Le classement du local ne dit pas seulement quel produit poser : il dit quel document contractualise l’ouvrage, et donc à quel lot l’écrire.
- CSTB, cahier 3567 (mai 2006), Classement des locaux en fonction de l’exposition à l’humidité des parois et nomenclature des supports pour revêtements muraux intérieurs
- AFNOR, NF DTU 52.2 P1-1-4 (25 juin 2022), Pose collée des revêtements céramiques et assimilés — Pierres naturelles — Systèmes de protection à l’eau sous carrelage
- APSEL / CSFE-FFB, Règles professionnelles concernant les travaux d’étanchéité à l’eau réalisés par application de systèmes d’étanchéité liquide sur planchers intermédiaires et parois verticales de locaux intérieurs humides, édition n° 2 (mars 2010), acceptée par la C2P le 1er juillet 2010
- AFNOR, NF DTU 43.6 (mars 2007), Étanchéité des planchers intérieurs en maçonnerie par produits hydrocarbonés
- Légifrance, arrêté du 11 septembre 2020 modifiant l’arrêté du 24 décembre 2015
- CSTB pour la DHUP, Guide pour la mise en œuvre d’une douche accessible « zéro ressaut » dans les salles d’eau à usage individuel en travaux neufs (août 2022)
- AQC, dispositif Sycodés et dispositif Alerte, édition 2025