L’annexe A du NF P 84-204-1-1 tient sur deux pages. Elle porte tout ce que le NF DTU 43.1 dit de l’entretien d’une toiture-terrasse, et elle s’ouvre sur une réserve : les prescriptions du cahier des clauses techniques conduisent à des ouvrages de bonne qualité, mais la condition de durabilité n’est pleinement satisfaite que si ces ouvrages sont entretenus et si leur usage reste conforme à leur destination. Tout le reste de l’annexe découle de cette phrase, y compris la visite annuelle que l’étancheur vend en contrat.
L’entretien change de main le jour de la réception
Le paragraphe A.2 est net sur le débiteur de l’obligation : l’entretien est à la charge du maître d’ouvrage ou de ses ayants droit après réception de l’ouvrage. Il comporte des visites périodiques de surveillance des ouvrages au moins une fois par an. Deux réglages viennent ensuite. Les terrasses à pente nulle et les noues à pente nulle avec revêtement d’étanchéité autoprotégé peuvent demander un rythme plus soutenu. Et lorsqu’une seule visite est prévue dans l’année, l’annexe la place de préférence à la fin de l’automne pour les bâtiments situés à proximité d’arbres.
Le NF DTU 43.1 P1-1 a été homologué le 20 septembre 2004, avec effet au 20 novembre 2004, puis amendé en 2007. Cette annexe A y est classée informative. La formule courante, « les NF DTU 43 rendent l’entretien annuel obligatoire », résume donc un mécanisme un peu différent : ce n’est pas une clause technique opposable à l’entreprise, c’est une condition de durabilité posée au propriétaire, et sa force vient d’ailleurs.
Elle vient des clauses types de l’assurance construction. L’annexe I à l’article A243-1 du code des assurances, dans sa version en vigueur depuis le 28 novembre 2009, exclut de la garantie de responsabilité décennale les dommages résultant des effets de l’usure normale, du défaut d’entretien ou de l’usage anormal. La liste d’exclusions de cette annexe est limitative. Celle-ci y figure.
NF DTU 43.1 P1-1 (NF P 84-204-1-1), annexe A, paragraphe A.4. L’entretien comporte au moins les opérations suivantes :
- l’examen général des ouvrages d’étanchéité visibles ;
- l’inspection de tous les ouvrages complémentaires visibles sur la toiture, notamment souches, édicules, lanterneaux, acrotères, ventilations, zinguerie, bandeaux ;
- la vérification des relevés d’étanchéité ;
- la vérification et le nettoyage des entrées d’eaux pluviales et trop-pleins ;
- l’enlèvement des mousses, des herbes et de la végétation ;
- l’enlèvement des boues et limons sur revêtements autoprotégés apparents ;
- l’enlèvement des détritus et menus objets ;
- la remise en ordre éventuelle des protections meubles.
Sur les toitures protégées par dalles sur plots, le paragraphe A.5 ajoute deux prestations : un nettoyage complet au jet d’eau, à la pression du robinet, des parties courantes du revêtement de circulation et du revêtement support des plots, puis le calage des dalles instables lorsque les contraintes d’exploitation le requièrent. Deux points voisins délimitent ce que la visite peut se permettre. Les désherbants restent admis sous réserve de compatibilité avec l’étanchéité, sa protection et ses ouvrages annexes (A.6). L’arrosage estival d’un revêtement autoprotégé destiné à rafraîchir l’ambiance intérieure est jugé préjudiciable au revêtement, et déconseillé (A.8).
La tête de relevé n’est pas dans la liste des huit opérations
Dans cette liste, les relevés figurent, la zinguerie figure, les entrées d’eau figurent. Ni les bandes de solin ni les becquets n’y sont nommés. C’est exactement l’écart que les experts de l’AQC relèvent : dégager les entrées d’eau ne suffit pas, encore faut-il contrôler les dispositifs qui écartent les eaux de ruissellement en tête de relevé, faute de quoi le relevé se décolle.
La fiche pathologie G.03 de janvier 2024, consacrée à l’entretien et à la maintenance des toitures-terrasses hors végétalisation, classe les sinistres liés au défaut d’entretien en trois familles : le décollement des relevés d’étanchéité, la dégradation des joints des bandes de solin, et la mise en charge d’eau par colmatage des évacuations d’eaux pluviales. Elle renvoie aux annexes A des NF DTU 43.1, 43.3 et 43.4, et sépare ce que l’usager constate à l’œil de ce qui relève d’un passage de professionnel : fixations, exutoires, souches, réparations. La fiche C.11, publiée en même temps sur les relevés, ajoute aux causes de décollement le support humide, la préparation d’adhérence insuffisante, le cisaillement mécanique sous charge, et l’absence ou le défaut de protection de tête.
Le cahier des clauses techniques, lui, traite le sujet à son paragraphe 7.1.1.2.4, sous le titre « dispositif écartant les eaux de ruissellement ». La tête du relevé y est protégée soit par un retrait avec becquet, soit par une couvertine. Ce dispositif sert aussi de repère de mesure : la hauteur H d’un relevé se compte du dessus de la protection des parties courantes au voisinage du relief jusqu’au dispositif d’écartement, et elle vaut au minimum 0,15 m dans le cas général, 0,25 m pour les reliefs de noue situés en pied de versants de pente supérieure à 20 %. Une visite qui ne remonte pas jusque-là ne vérifie pas le point où l’eau entre.
Deux places au Flop 10 en neuf, la première place en rénovation
Le Flop 10 de la sinistralité publié par l’AQC le 18 juin 2026, sur la période 2023-2025, porte le défaut d’étanchéité à l’eau à 67 % des désordres, contre 61 % dans l’édition précédente. Les toitures-terrasses occupent plusieurs rangs de ce classement, et leur poids change complètement selon le parc.
| Destination | Élément d’ouvrage | Rang | Part des désordres |
|---|---|---|---|
| Maison individuelle | Toiture-terrasse avec isolant, sans protection rapportée | 9 | 3,6 % |
| Maison individuelle | Toiture-terrasse avec isolant et protection rapportée | 10 | 3,5 % |
| Logement collectif neuf | Toiture-terrasse avec isolant et protection rapportée | 5 | 6,8 % |
| Logement collectif neuf | Terrasse accessible | 8 | 3,8 % |
| Logement collectif en rénovation | Toiture-terrasse avec isolant et protection rapportée | 1 | 10,8 % |
| Logement collectif en rénovation | Toiture-terrasse avec isolant, sans protection rapportée | 8 | 4,6 % |
| Locaux d’activités | Toiture-terrasse avec isolant et protection rapportée | 2 | 7,9 % |
| Locaux d’activités | Toiture-terrasse avec isolant, sans protection rapportée | 4 | 6 % |
Un contrat vendu sur du neuf et un contrat vendu sur du parc existant ne portent donc pas le même objet. En logement collectif rénové, la toiture-terrasse avec isolant et protection rapportée est le premier élément d’ouvrage sinistré du classement, à 10,8 % de l’effectif. Sur maison individuelle neuve, les deux familles de toitures-terrasses ferment le Flop 10 et pèsent ensemble 7,1 %, loin derrière la couverture en petits éléments, dont 70 % des désordres se logent aux points singuliers.
L’entretien annuel est régulièrement présenté comme une obligation qui pèserait sur l’étancheur. Le paragraphe A.2 dit l’inverse : après réception, il est à la charge du maître d’ouvrage ou de ses ayants droit. Ce qui reste du côté de l’entreprise, c’est le paragraphe A.3, qui recommande la passation d’un contrat définissant la nature des prestations, et précise qu’en l’absence d’un tel contrat, le maître d’ouvrage peut être amené à justifier de l’entretien régulier qu’il aura diligenté.
Ce que le contrat ne ramasse pas par défaut
La couvertine est l’exemple type de la prestation qu’on croit incluse. Le NF DTU 43.1 le règle par une note : sauf disposition contraire des documents particuliers du marché, elle n’est pas réalisée par l’entreprise d’étanchéité. Le contrat d’entretien qui promet la tête de relevé sans nommer la couvertine promet donc l’inspection d’un ouvrage posé par un autre lot.
Le texte de référence change aussi avec l’ouvrage. Le NF DTU 43.1 couvre le climat de plaine sur éléments porteurs en maçonnerie ; le NF DTU 43.11, publié en avril 2014, le climat de montagne ; le NF DTU 43.3 d’avril 2008, amendé en décembre 2017, les toitures en tôles d’acier nervurées ; le NF DTU 43.4 d’octobre 2008, les éléments porteurs en bois et panneaux dérivés. La réfection relève du DTU 43.5 de novembre 2002. L’annexe A du NF DTU 43.1 traite en outre l’entretien des terrasses-jardins à son paragraphe A.9, avec ses propres opérations : arrosage, engrais, taille des arbustes, suppression des repousses sur les solins, contrôle des ancrages d’arbres, protection du réseau d’arrosage contre le gel.
Une norme produit s’écrit pour la bande de solin en aluminium
Le NF DTU 43.1 nomme la fonction et impose le résultat, sans référentiel produit pour le composant qui l’assure le plus souvent. Un texte est en cours d’écriture pour combler ce vide : la NF P84-212, intitulée « Accessoires de toitures. Dispositif d’écartement des eaux de ruissellement en tête des relevés d’étanchéité. Bandes de solin en aluminium extrudé. Spécifications et essais ». Elle est inscrite au programme de la commission BNTEC P84E depuis le 5 mars 2022, avec une enquête publique au 1er février 2026 et une publication prévisionnelle au 1er septembre 2027.
C’est le seul projet français inscrit au programme de cette commission au 15 juillet 2025. Aucune révision de la série 43 n’y figure. Le document qui fixe l’entretien des toitures-terrasses en climat de plaine restera donc celui de novembre 2004, et le référentiel qui manquait aux bandes de solin arrivera vingt-trois ans après lui.
D’ici là, l’annexe A désigne la personne qui devra prouver l’entretien : le maître d’ouvrage, s’il n’a pas de contrat. Un contrat signé, une périodicité écrite et un compte rendu daté par visite déplacent cette preuve du côté où elle est facile à produire.
Sources
- NF DTU 43.1 P1-1 (NF P 84-204-1-1), Étanchéité des toitures-terrasses et toitures inclinées avec éléments porteurs en maçonnerie en climat de plaine. Cahier des clauses techniques, homologué le 20 septembre 2004, effet au 20 novembre 2004, amendement A1 de 2007. Annexe A « Entretien et usage », paragraphe 7.1.1.2.4.
- Code des assurances, annexe I à l’article A243-1, clauses types applicables aux contrats d’assurance de responsabilité décennale, version en vigueur depuis le 28 novembre 2009.
- AQC, fiche pathologie bâtiment G.03, Entretien et maintenance. Les toitures-terrasses (hors végétalisation), janvier 2024.
- AQC, fiche pathologie bâtiment C.11, Toitures-terrasses, le point faible : les relevés, janvier 2024.
- AQC, Désordres décennaux 2026 : le Flop 10 de la sinistralité française, 18 juin 2026, période 2023-2025.
- BNTEC, programme de travail au 15 juillet 2025, commission P84E « Étanchéité des toitures ».