Le NF DTU 36.5 n’interdit pas la mousse expansive. Il énumère les dispositifs de calfeutrement, et l’aérosol de polyuréthane ne figure pas dans cette énumération. Devant un expert, l’effet est le même : le poseur est sorti du domaine traditionnel, et il en répond seul.
Trois dispositifs, et l’aérosol n’en est pas
Le texte a été homologué le 10 mars 2010 et il a pris effet le 10 avril 2010, dans ses trois parties P1-1, P1-2 et P2, complétées par le fascicule de documentation P3 d’octobre 2010. Il vise la mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures de tous matériaux, bois, PVC, aluminium et mixte, en neuf comme en rénovation.
Le calfeutrement périphérique entre gros œuvre et dormant y est traité comme une obligation de continuité : l’étanchéité à l’air et à l’eau du joint est assurée sur tout le pourtour de la baie, sans interruption.
En avril 2019, l’UFME a pris position contre l’emploi des mousses expansives en aérosol pour cet usage, avec l’appui du CSTB et du SNJF. Le motif tenait moins à la performance initiale qu’à sa durée : un cordon injecté ne garantit ni l’étanchéité à l’eau ni sa tenue dans le temps. Son délégué général, Philippe Macquart, résumait le risque contractuel pour l’entreprise, qui s’expose « à une responsabilité totale et immédiate » en cas de litige. La CAPEB a relayé la position le 17 mai 2019 en rappelant qu’aucun de ces produits ne disposait alors d’un Avis Technique du CSTB ni d’un label SNJF pour le calfeutrement de menuiseries.
Ce que « classe 1 » veut dire, en pascals
La mousse imprégnée admise par le DTU n’est pas n’importe quelle bande précomprimée. Elle est classée par la NF P 85-570, et le classement se joue sur deux valeurs mesurées.
| Classe 1R | Classe 1 | Classe 2 | |
|---|---|---|---|
| Perméabilité à l’air, sous 100 Pa | ≤ 0,3 m³/h/ml | ≤ 0,6 m³/h/ml | ≤ 0,6 m³/h/ml |
| Étanchéité à l’eau | ≥ 600 Pa | ≥ 600 Pa | ≥ 300 Pa |
| Emploi en première barrière | oui | oui | non |
Une classe 2 ne tient pas la première barrière d’un joint, à un étage comme à deux. La pose en tunnel ajoute une exigence supplémentaire, marquée par l’indice « t » : classe 1 t ou classe 1 R t, après essai spécifique de relaxation.
La norme produit, elle, a bougé pendant que le DTU restait immobile. La version d’avril 2001 de la NF P 85-570 a été annulée et remplacée en septembre 2020, avec de nouvelles classes et de nouvelles méthodes d’essai. Le texte de 2010 renvoie donc à un référentiel qui n’a plus la même forme qu’au moment de sa rédaction.
Le dernier maillon date de 2021. Le SFJF a publié des règles professionnelles pour le traitement de l’étanchéité des joints de façades et de menuiseries par mousses imprégnées, acceptées par la Commission Prévention Produits de l’AQC le 23 novembre 2021. Leur acceptation range le procédé en technique courante : la déclaration préalable à l’assureur n’est plus requise, et l’ouvrage est garanti dans les conditions ordinaires.
Le calfeutrement pèse un quart des sinistres de fenêtre
L’AQC a fait analyser par Saretec plus de 600 rapports d’expertise portant sur des fenêtres et portes-fenêtres, tous matériaux confondus, sur l’année 2017. Sur ce lot, 236 dossiers présentaient une cause suffisamment établie pour être classés. L’étude est parue en avril 2019.
- Causes liées à l’environnement de la fenêtre : 8 %, rejingot en tête.
- Causes liées à l’interface fenêtre / gros œuvre ou fenêtre / ossature : 24 %.
- Causes intrinsèques à la fenêtre : 68 %.
Le calfeutrement est donc un dossier sur quatre. Les deux tiers restants se logent dans la menuiserie elle-même : quincaillerie 16 %, garde à l’eau insuffisante au seuil 12 %, affaissement du vantail 9,5 %, défauts de fabrication et de conception pour le solde. Sur un chantier contesté, la mousse n’explique donc pas tout, et l’expert le sait avant d’arriver au pied de la baie.
Le produit admis tombe aussi, et sur le dimensionnement
Sur les 24 % d’interface, l’étude AQC isole quatre situations : la discontinuité du calfeutrement dans les angles inférieurs, le calfeutrement rendu inaccessible par une bavette non démontable, la rétention d’eau permanente au droit de la traverse basse, et le choix inapproprié de produit.
Cette dernière ligne ne vise pas l’aérosol. Elle vise la mousse imprégnée, celle que le DTU admet. L’épaisseur du joint varie d’une baie à l’autre sur un même chantier, ce qui suppose plusieurs références de bande dans le camion. Les experts constatent l’inverse : une seule référence pour tout, et une mousse qui, une fois décomprimée, n’est plus assez dense pour étancher.
L’annexe de l’étude recense les sinistres graves traités la même année, ceux dont la réparation dépasse 150 000 €. Un bâtiment administratif y figure pour des infiltrations sur 300 menuiseries aluminium en ossature bois. Cause retenue : une mousse imprégnée de section insuffisante.
Les règles du SFJF chiffrent ce dimensionnement. La plage d’utilisation d’une bande s’exprime en millimètres de largeur de joint, du type 3 à 7, et elle doit couvrir l’amplitude de mouvement calculée pour un écart de température de 80 °C quand les extrêmes du lieu ne sont pas connus. La largeur de la bande reste inférieure ou égale à la profondeur du joint. En pose tunnel, 20 mm de mousse au moins sont conservés côté extérieur. En partie basse, aucun raccord linéaire n’est admis, et les aboutages se font sous pression avec une surlongueur d’environ 5 mm.
Après l’infiltration, la question de la reprise
La bavette non démontable, quasi systématique en menuiserie PVC, interdit tout contrôle visuel du calfeutrement une fois la fenêtre posée. Elle interdit aussi la réparation : reprendre le joint impose la dépose complète de la menuiserie. En isolation par l’extérieur, le défaut se révèle plus vite, l’eau infiltrée stagnant en pied de dormant au lieu de s’évacuer.
Le poste s’installe durablement dans les classements de l’AQC. Sur les désordres relevés en maison individuelle entre 2023 et 2025, les fenêtres et portes-fenêtres extérieures traditionnelles pèsent 6,6 % de l’effectif. Le taux monte à 8,5 % en logement collectif neuf, 7,9 % en rénovation de collectif, et 9,6 % en locaux d’activités, où il occupe la première place. En coût de réparation, le poste représentait 4,8 % du total en maison individuelle sur 2022-2024.
Un calfeutrement défaillant se voit aussi avant le sinistre, à la mesure d’étanchéité à l’air. La RE2020 impose 0,6 m³/h·m² de Q4Pa-surf en maison individuelle et 1,0 en logement collectif, et la menuiserie extérieure est l’un des lots qui portent ce résultat.
Un texte figé depuis seize ans
La révision du NF DTU 36.5 est inscrite au programme du BNTEC depuis le 20 novembre 2017. L’enquête publique était datée du 15 juin 2025, la publication prévisionnelle du 15 juin 2026. Début août 2026, la boutique du CSTB diffuse toujours la version homologuée le 10 mars 2010. C’est, parmi les textes de la menuiserie, celui dont la mise à jour est attendue depuis le plus longtemps.
L’AQC avait d’ailleurs classé cette révision parmi ses propositions de 2019, en demandant qu’y soit ajoutée une visite de réglage après la période de rodage de la menuiserie, les jeux pris par les pièces neuves en mouvement expliquant une part des affaissements constatés. Un autre chantier avance en parallèle : la norme expérimentale XP P18-202-3 sur les ouvrages complémentaires d’interface localisés, dont la partie 3 traite précisément la liaison baies / menuiseries extérieures, avec une publication prévisionnelle au 15 septembre 2026.
En attendant, le poseur travaille avec un DTU de 2010, une norme produit refondue en 2020 et des règles professionnelles de 2021. Les trois se lisent ensemble, et c’est dans cet empilement que l’expert cherche l’écart.
- NF DTU 36.5, homologué le 10 mars 2010, en vigueur au 10 avril 2010, fascicule P3 d’octobre 2010 — boutique CSTB
- AQC, Fenêtres : points de vigilance, avril 2019, étude réalisée par Saretec, cofinancée par la DHUP — qualiteconstruction.com
- CAPEB, Calfeutrement et étanchéité des fenêtres : attention à l’utilisation de mousse expansive, 17 mai 2019, relayant la position UFME d’avril 2019 — capeb.fr
- SFJF, Règles professionnelles pour le traitement de l’étanchéité des joints de façades et de menuiseries par l’utilisation de mousses imprégnées, acceptées par la C2P le 23 novembre 2021 — oc-sfjf.fr
- NF P 85-570, Produits pour joints — Mousses imprégnées, version d’avril 2001 annulée, remplacée en septembre 2020 — boutique AFNOR
- AQC, rapport de l’Observatoire de la Qualité de la Construction, données Sycodés — qualiteconstruction.com
- BNTEC, programme de normalisation, état au 15 juillet 2025 — bntec.fr